Brice Bonhomme, Keller Williams Polynésie

Gazette n° 4, août 2026

Immobilier polynésien : pourquoi est-ce si cher ?

Les explications circulent, souvent contradictoires et rarement vérifiées. La réalité est plus simple, et plus têtue : il se construit chaque année moins de logements qu'il n'en faudrait. Voici ce que disent les chiffres.

1. Une demande qui monte sans arrêt

La population a gagné 34 000 personnes en vingt ans. Chaque année : 2 800 naissances nettes, 1 100 départs, soit 1 700 habitants de plus.

Surtout, les foyers se divisent : 5,2 personnes par foyer en 1977, 3,9 en 2007, 3,3 en 2022. Cette décohabitation réclame à elle seule 515 logements de plus par an.

Et tout le monde veut habiter au même endroit : la zone urbaine de Tahiti concentre 65 % des habitants de l'île, Papeete 39 % des emplois du pays, les Îles du Vent 75,1 % de la population.

Ajoutez les doubles résidences (un logement à Tahiti, un autre dans un archipel) : 274 de plus chaque année, et le mouvement s'accélère. Elles pèsent déjà 9 200 logements, soit 9 % du parc.

2. Une offre qui ne suit pas

Il se construit environ 1 500 logements par an. Il en faudrait 1 694. Déficit : 200 logements chaque année, qui s'ajoutent aux précédents.

  • 515 logements pour la croissance de la population
  • 515 pour la décohabitation des foyers
  • 390 pour remplacer les logements vacants, environ 10 000
  • 274 pour les doubles résidences

38 % des appartements construits depuis 2013 sont partis en meublé de tourisme : autant de logements sortis du marché de l'habitation. Le parc social, lui, est minuscule : 3 100 logements en Polynésie, contre 14 000 en Nouvelle-Calédonie.

Pourquoi ne construit-on pas davantage ?

  • Le foncier constructible est rare, souvent bloqué en indivision, et le relief fait le reste.
  • Les permis de construire sont longs à obtenir, et il n'existe pas de permis tacite : un dossier en attente le reste.
  • Les nouveaux projets rencontrent souvent l'opposition des riverains et des élus.

3. Les taux d'intérêt : un ascenseur qui ne redescend pas

Pour 200 000 F de remboursement par mois sur 25 ans, une baisse des taux augmente la capacité d'emprunt de 66 %. Une remontée la réduit de 30 %.

Quand les taux baissent, ce pouvoir d'achat supplémentaire ne reste pas dans la poche des acheteurs : il est absorbé par les prix, qui montent d'autant. Quand les taux remontent, les prix affichés, eux, ne redescendent pas. En France ils ont reculé de 10,3 % en 2023 ; à Tahiti et Moorea, ils ont continué de monter.

Ce sont les volumes qui encaissent : 1 963 transactions en 2022, 1 565 en 2024, soit 20 % de moins. Sur la même période, la France a perdu 31 % et les États-Unis 33,7 %. S'il n'y a pas d'effondrement ici, c'est parce qu'on emprunte à taux fixe : personne n'est contraint de vendre du jour au lendemain parce que sa mensualité a doublé.

4. Tout le reste pousse dans le même sens

  • La location touristique. La rentabilité d'une location de vacances sert de référence à certains vendeurs, qui confondent chiffre d'affaires et rentabilité réelle : le prix demandé s'envole.
  • La fiscalité. La taxe sur les plus-values pousse des propriétaires à retirer leur bien du marché, ou à la répercuter sur le prix. Les frais de mutation, même en baisse, restent élevés et se retrouvent dans le prix de revente.
  • Le coût de la construction. Terrains rares, terrassements des terrains pentus, transport des matériaux, fiscalité à l'importation, inflation depuis le Covid et la guerre en Ukraine.

5. Ce qui pourrait faire baisser les prix

  • Libérer le foncier constructible : sorties d'indivision, mobilisation du foncier public.
  • Réviser les plans d'aménagement des communes pour autoriser à bâtir plus haut et plus dense.
  • Accélérer la délivrance des autorisations administratives.
  • Rendre la location longue durée plus attractive que la location touristique.
  • Remettre sur le marché les milliers de logements vacants et insalubres.
  • Publier les prix de vente réels, pour que chacun estime son bien sur des faits plutôt que sur des rumeurs.

Le prix du mètre carré, d'une commune à l'autre

Type de bienLe plus cherLe plus abordable
AppartementsFaa'a, 598 808 F/m²Taravao, 364 679 F/m²
MaisonsTemae (Moorea), 875 539 F/m²Fa'aone, 258 115 F/m²
TerrainsPirae, 80 668 F/m²Teahupo'o, 5 489 F/m²

Du simple au quinzième pour un terrain. L'emplacement ne fait pas une partie du prix : il le fait presque entièrement.

Nous sommes sur un marché vendeur

Tout se lit dans le délai moyen de vente : au-delà de 120 jours, c'est un marché acheteur ; entre 70 et 120 jours, un marché équilibré ; en dessous de 70 jours, un marché vendeur. La Polynésie est dans la dernière case.

Et pour votre bien ?

Les chiffres d'un marché ne disent rien du vôtre.

Un prix moyen par commune situe une tendance, il n'estime pas une maison. La vôtre a une exposition, un état, un accès, un titre et un voisinage qui n'appartiennent qu'à elle. Je viens voir, je compare aux ventes réellement signées, et je vous remets un avis de valeur écrit. La première estimation est offerte, sans engagement.

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